La question que l'on est en droit de se poser après Nietzsche est : qu'adviendra-t-il du règne amoral à long terme ?
Cette question, qui transgresse toutes les préventions d'usage – à savoir postuler une représentation objective dans ce qui ne peut solliciter que l'imagination -, a toutefois le mérite de mettre à l'épreuve de nos certitudes la définition que nous nous faisons de l'homme.
L'homme, cette bête qui se domestique elle-même, en reproduisant en son propre sein la prédation qui ne vaut ailleurs qu'entre espèces différentes, à l'exception notable des animaux les moins enviés de la création : les blattes, les rats, la vermine somme toute, - cet homme-là, que deviendra-t-il maintenant qu'il s'est libéré de tout impératif moral, que l'impératif moral est lui-même à remettre plus tard car, pour le moment, il s'agit de lui garantir un avenir en employant contre le mal tous les maux possibles ? Homme moderne, au sens plein du terme, dans l'islamiste, l'identitaire, le révolutionnaire, le capitaliste, le sioniste : persuadé d'avoir droit de jugement moral, il nous menace, nous et nos libertés les plus sobres, nous, qui avons appris que la vie se termine et qu'alors plus rien ne compte.
Qu'adviendrait-il de nous autres, laissés seuls, sur cette orbe qui seule absorbe le soleil pour la faire prospérer et lui donner une utilité ? Qu'adviendrait-il de nous autres qui, sachant que c'est sans doute le néant qui attend notre conscience, nous ne lui accordons que le mérite de l'instant présent ?
On ne peut répondre à cette question. Une chose est néanmoins certaine : nous n'aurions aucun mal à laisser tomber, et c'est ce que les fanatiques et les éclopés ne font jamais... Ils ne peuvent se permettre ce luxe des luxes, le luxe en vue duquel tous les autres luxes se sont jusqu'ici forgés au prix de milliers d'esclaves, d'ouvriers crève-la-dalle, de génocidés politiques et économiques : celui de pouvoir enfin laisser tomber sans être dérangés par quelque stimulation extérieure que l'on nomme la douleur.
Et ça mes très chers amis, ça n'a pas de prix.